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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 14:01

L’objectif était ambitieux... Reprendre le départ de la Diagonale des fous, douze mois seulement après une édition 2012 réussie mais ô combien difficile et disputée dans des conditions météo dantesques… Comment se préparer à nouveau pendant 11 mois au moins aussi bien ? Comment aborder cette course et la connaissance très précise du parcours ? Suis-je prêt à en baver de nouveau, à souffrir, à dépasser les limites de la fatigue, de la souffrance, mes propres limites physiques et mentales, tout ça pour franchir une simple ligne d’arrivée, mais quelle ligne !!

Autant de questions et bien d’autres auxquelles je tente de répondre avant d’arriver au départ à St Pierre. Finalement, je pars dans une certaine inconnue, encore une fois... mais avec l’envie d’y être et évidemment de réussir.

Jeudi 16 octobre vers 15h, nous nous retrouvons tous à St Pierre à 400 m du départ, dans une petite maison mise à notre disposition par des amis réunionnais (Les Lindé de la Réunion, merci à vous), les 8 angevins se préparent à quelques heures du départ. Le stress monte tranquillement.

23h. Nouveau départ, nouvelle portion de 40km jusqu’à Textor. Le départ est donné dans une ambiance incroyable avec une foule importante des deux côtés de la route. Ça part assez vite, le tempo est donné et rapidement nous nous retrouvons dans les champs de canne à sucre à grimper tranquillement vers le pied du Volcan.

L’environnement est bien différent de l’année passée, ce nouveau parcours s’annonce nettement plus roulant, sans boue, avec des chemins plus larges et des portions de routes, en tout cas jusqu’au second ravito (KM15). Nous prenons alors un sentier plus escarpé, en forêt à traverser des petites ravines. Quelques bouchons nous ralentissent, c’est le refroidissement pendant 20-25 min, puis ça repart droit dans la pente… Le groupe d’angevins avance bien, rigole, mais je me sens un peu limite pour suivre le rythme. J’ai peur d’exploser et me laisse décrocher de plusieurs dizaines de mètres. Je ne m’affole pas en me disant qu’il vaut mieux y aller tranquille que d’exploser dans 2h. Les gars s’éloignent dans la nuit, Richard est toujours en point de mire, je suis rassuré…

Rapidement, nous atteignons les hauteurs avec le troisième ravito (km25 - 1700m). Il fait très froid et le vent souffle assez fort. J’ai envie d’une bonne soupe pour me réchauffer, hélas rien... Il faut repartir avec mon seul compagnon, Richard qui souffre d’une grosse envie de dormir… Nous abordons une portion de route en cote (2kms), j’essaye de guider Richard en posant ma main dans son dos pour qu’il puisse dormir en marchant !!

Nous prenons ensuite une prairie avec alternance de montées et de descentes, le tout en longeant la Rivière des Remparts (gouffre de 800m) sous une lune éclatante. Le rythme est toujours bon, j’ai néanmoins un peu de mal à me plonger dans ma bulle… L’ambiance est magique, il n’y a pas un bruit sinon le souffle des raideurs et le crépissement de leurs pas sur le sol… Le jour se lève, nous découvrons alors le panorama exceptionnel qu’offre l’ile avec le Piton des Neiges à gauche, l’Océan derrière nous et les flancs du volcan face à nous.

Nous entrons dans une forêt alpestre sur un chemin assez large et descendons vers le prochain ravito (KM36). La descente est facile, je décroche Richard pendant une vingtaine de minutes, je me sens bien mais il fait vraiment très froid… Dois-je partir et le laisser seul ??

Il est 6h, la bonne soupe est là, elle me réchauffe… j’en reprends 2 fois. Richard a refait son retard et nous repartons ensemble vers Textor. Par terre, le sol est gelé, c’est tout blanc, c’est caille sévère mais le soleil est là au-dessus et nous réchauffe un peu.

Nous croisons les photographes de Flashsport qui nous précisent que les gars ne sont que 20 min devant, pas mal, notre rythme est toujours bon, mais que c’est difficile... Il me semble que le froid nous a fait consommer un sacré paquet de calories et je ne nous sens pas vraiment dans les meilleures dispositions. Le physique tient mais ça gamberge un peu là-haut… Pas normal…

Richard décroche une nouvelle fois, de quelques dizaines de mêtres. Que faire, l’attendre ou partir seul ??

Arrivés à Piton Textor (KM40), il fait meilleur, je mange, prends encore une soupe, je m’assois sur une chaise, déconne un peu, ça va mieux… Nous repartons tous les deux et faisons la descente jusqu’à Mare à Boue, sans boue, ça nous change... Devant nous, toujours cette vue imprenable sur la suite du parcours, Mare à Boue, Kerveguen, Piton des Neiges, Cilaos… Wouaw, c’est encore loin !

Soudain, un gars nous dit : « Hey, je vous reconnais, c’est vous sur la vidéo de l’année dernière, superbe film, ça m’a décidé à venir ». La vache, c’est le troisième depuis le départ, on est de vraies stars du trail !!!

9h30. Nous arrivons à Mare à Boue (KM50), une bonne assiette de pâtes avec cuisses de poulet, je m’allonge 10 minutes. Nous sommes en avance sur l’année dernière, pas si mal par rapport à nos prévisions… Je me détends à même le sol, prend un café et il faut déjà repartir.

Montée à Coteau Maigre puis Kerveguen, la portion qui vient (10kms et 700m D+) n’est pas difficile en soi, mais longue et régulière. Cela devient plus difficile, le corps est éprouvé, la tête gamberge encore… Toujours pas installé dans ma bulle, je me pose beaucoup de questions, je n’arrive pas à fixer mon esprit sur l’étape en cours et ne pense qu’à Cilaos, Mafate, le Maïdo et tout ce qui nous reste à faire (110 kms). En ai-je la capacité, l’envie ???

A Coteau Maigre (KM55), mon genou gauche commence à déconner, la douleur apparaît en descente. Pourquoi ? Comme des coups de couteaux à chaque pas en descente au niveau du TFL (Tenseur du Facia Lata), mon genou se crispe en montée… heureusement, la douleur se calme sur plat, mais je découvre une sensation inconnue jusqu’alors, la douleur physique, la sensation de blessure. Que faire… Allez, ça va finir par passer, on fera le point à Cilaos.

La fin de la montée vers Kerveguen est longue, très longue. Et puis nous basculons vers Cilaos dans la descente, véritable mur de 800m en seulement 2kms… Sous nos pieds tout en bas, nous voyons le prochain poste de ravito de Mare Longue (KM62). Vertical, hyper technique avec un enchainement de hautes marches et d’échelles au milieu des racines, ça descend sévère et mon genou me tiraille de plus en plus… Je ne peux alors pas faire la descente comme j’aime les faire, en courant, je suis frustré en plus d’avoir mal. Mon doux calvaire commence !

Je ne vais pas bien, je commence à douter à en avoir ras le bol, mon genou me fait mal à chaque pas, je ne vois pas comment cette douleur peut disparaitre et surtout comment faire encore 100 kms dans ces conditions !! Richard part devant… A la sortie de la Ravine Benjoin, je croise encore les gars de Flashsport (Silex et Dyte), ils ont des mots de réconfort qui me font beaucoup de bien. Les gars ne sont pas si loin devant, j’ai le temps et Cilaos est un point de repos important dans la course. Je repars la rage au ventre, en courant tout droit vers le stade. La course reprend et j’ai une sérieuse envie d’aller au bout… Nous ne sommes qu’à 16h de course, pourtant l'impression de n'avoir rien fait jusqu'à maintenant, mais il en reste tellement !

Arrivée au stade, je prends mon sac d’assistance et cherche les autres pendant 3-4 minutes… Personne, nul part, où sont-ils tous passé, déjà repartis ?? Finalement, j’aperçois Richard avec son assistance. La pause dure 45 min, je me change, me relaxe, Julien (le frère kiné de Richard) me masse le genou, l’inflammation est bien là. Petit dodo de 10 min pour me relâcher, le soleil me réveille, il est déjà temps de repartir. Je file tout droit vers le ravito pour une bonne assiette de pates poulet.

« Greg, que fais-tu là », mais c’est Christèle, qu’est ce que vous faites là, je vous croyais déjà tous partis !!

Installés derrière un mur à la sortie du stade, nous ne pouvions nous voir plus tôt... Nous avons pourtant passé près de 40 min immobiles à moins de 50m… Improbable de ne pas se retrouver… « Les gars se sont bien reposés, Pierrot (notre ostéo) à traiter tout le monde et ils viennent de repartir, il y a 10min, tu peux les rattraper… » Que faire, rattraper les gars, passer entre les mains de Pierrot ??? J’étais en train de repartir, je décide donc de filer en prenant mon ravito… Peut-être arrivera-t-on à recoller les gars, 10 min, c’est rien !

Je ne pense alors pas aux erreurs que je suis en train de commettre, mais ma méconnaissance de la gestion d’une blessure est flagrante. Pierrot aurait probablement pu me soigner, me strapper et me permettre d’aller plus loin. Un peu perdu dans mes difficultés, je file avec Richard en me disant que tout ira bien…

Une très bonne descente vers la cascade de Bras Rouge, puis le début de la terrible montée du Taïbit, du moins dans sa première moitié. Parfois, nous croyons percevoir la voie des gars pas si loin dans la montagne. Effet de résonnance ou réelle proximité, difficile de savoir… Ai-je également envie de recoller le groupe au détriment de la gestion de mon effort, déjà sérieusement entamé ?? J’adopte néanmoins un très bon rythme en me disant que nous pouvons les rattraper au prochain ravito. Richard n’est pas loin derrière, regard un peu dans le vide… Lui aussi il cogite, c’est net !!

J’atteins le ravito « Pied Taïbit », ne retrouve pas les gars, et c’est le coup de bambou. Je m’assoie et pars alors dans un questionnement dont je ne me relèverai pas… Pourtant, nous venons de faire cette portion en seulement 2h soit une de moins qu'en 2012 !

En l’espace de 10 min, je me refroidi, vois Richard en grande discussion avec son frère parce qu’il est en train de jeter l’éponge… J’ai mal et j’en ai marre, on va encore avoir froid, on risque de tomber et de se faire très mal… Ai-je encore l’envie ?

Finalement, nous sommes en train de nous détruire individuellement et collectivement au plus mauvais moment… Au début de la seconde nuit et juste à l’entrée de Mafate, d’où on ne ressort qu’à pied après de longues heures de marche, L’union ne fait plus notre force, mais plutôt notre faiblesse dans une situation plus que délicate… Aurions-nous eu la même réaction, si nous avions été tout seul ou avec le reste du groupe ???

Julien et Fanny arrivent à nous faire repartir en conseillant de nous reposer à l’Ilet des 3 Salazes (mi-parcours de l’ascension), puis à Marla… Les premiers virages sont vraiment difficiles, mon genou qui s’est refroidi me fait super mal… Nous avançons à petits pas, presqu’à reculons et l’Ilet des 3 Salazes n’arrive pas… Au détour d’un virage, je pose le pied à terre, m’assoie sur un gros caillou...

KM75, 18h30 de course, nous ne repartirons pas !

En fait la blessure fait partie du lot, mais tu peux aussi passer au travers. L’année dernière, je n’avais pas eu le moindre bobo, ni même une méchante ampoule qui te gène un max.

Cette année, la douleur, la blessure vient assez tôt dans la course, mais elle vient aussi à un moment où je ne fais pas bien les choses, soit je ne suis pas concentré, soit je suis fatigué… Il faut écouter son corps et pas son esprit. Au moment où tu as la blessure en tête, ca devient paralysant, c’est le début de la fin. Et c’est ce qui s’est passé… Mon esprit n’était plus fixé sur l’objectif de finir, mais plutôt centré sur mes difficultés, mes douleurs, cela m’aura été fatal avec les différents petits événements que je n’ai pas su gérer.

Je n’ai pas su me plonger dans MA course, dans MA bulle en me fixant seulement l’objectif de franchir chaque étape de la course, tel que je l’avais fait en 2012. J’avoue avoir eu peur, peur de me faire davantage mal au genou, peur de tout ce qui restait à accomplir, peur de souffrir… J’ai douté de ma capacité à continuer, à être seul, à décrocher Richard ou me laisser décrocher par lui… Notre alliance était-elle la bonne ?

Je n’ai pas pris les bonnes décisions, au bon moment… Plutôt que d’écouter la musique, j’ai écouté mon esprit qui déraillait, et cela a été fatal !! A Cilaos, je ne me suis pas fait soigner, poser un strap pour diminuer ma douleur au genou… Finalement, j’ai été bien trop léger dans ma gestion de course et ma gestion mentale...

Ce type de course est un monstre de souffrance, il faut prévoir et gérer beaucoup de paramètres mais on ne peut pas tout prévoir. Ne pas être au maximum de ses moyens peut s’avérer fatal… Néanmoins, on sait pertinemment que l’on va souffrir, galérer, que cela va être très long et très difficile, on est même là pour ca !!

Il faut seulement l’intégrer et l’accepter avant et pendant la course.

Quatre jours après, je suis de retour dans Mafate, en mode course. Je file dans le Taïbit et reprend mon parcours jusqu’à Sentier Scout (20kms plus loin), histoire de conjurer le sort ! Je passe plus de 8h dans Mafate (35kms), tout seul et toujours avec ma douleur au genou. Je suis en pleine auto-analyse de ma course…

C’est décidé, je reviendrai !!!

Ma diagonale 2013...
Ma diagonale 2013...
Ma diagonale 2013...
Ma diagonale 2013...
Ma diagonale 2013...
Ma diagonale 2013...
Ma diagonale 2013...
Ma diagonale 2013...

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commentaires

ouverture de porte paris 12 13/10/2014 18:44

Je vous vante pour votre article. c'est un vrai œuvre d'écriture. Poursuivez

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